Saturday, October 07, 2006

La Faucheuse et nous

La Mort est un concept étrange et rassurant. Elle lie tout ce que l’univers peut produire. Tout est périssable, et tout finit par disparaître. Ou plutôt, par échapper au spectre de nos perceptions. Elle agit originalement, car l’immense majorité de ses sujets ne prennent conscience de leur mort que lorsqu’Elle les frappe. Les mourants vont se fondre dans le lien universel, mais sans y avoir eu affaire jusque là.

La Mort donne un but à tout et à tous. Un but au sens propre du terme : une finalité. Elle donne ce que bien peu oseraient faire sans elle : une sortie de scène. Et dans la dignité et l’union. L’orgueilleux voudrait ne pas mourir, pour ne pas faire comme les autres, pour être unique, parce qu’il s’aime trop. Mais lorsque quelqu’un meurt, la Terre ne le réclame pas, pas plus qu’elle ne se réjouit de sa sortie. La Terre poursuit sa propre route, qui mène à sa propre fin et sans doute angoisse-t-elle comme les autres. Nan, le fier se trompe en refusant la mort. L’humain est méprisable et mérite qu’on s’en détache autant qu’on peut, la masse humaine est exécrable et mérite qu’on la fuit, mais la mort rétablit notre honneur et notre statut de partie intégrante de l’univers. Et il n’est pas plus glorieux destin que celui de réintégrer ce qui nous constitue.





Par ailleurs, réintégrer notre véritable nature peut aussi signifier l’ouverture de notre conscience à une vérité supérieure. Au-delà de notre univers se situe peut-être, sans doute autre chose. Une chose qu’il est inutile de chercher à décrire puisqu’elle est extérieure à notre compréhension. Mourir, ce n’est jamais que quitter son enveloppe corporelle, et commencer une nouvelle sorte d’existence, qu’elle soit consciente ou pas. Who cares ? La conscience de soi est une exigence de notre présomptueuse forme de vie, mais ce n’est pas une condition nécessaire, et l’essentiel, c’est de continuer, non ?

D’autant que notre conscience, notre intelligence est un agent de notre … mécontentement, si ce n’est de notre malheur. Sans elle, l’histoire sans fin n’existerait pas.



Tout ça pour dire que pleurer un mort est un comportement absurde, et égoïste. Pas condamnable pour autant, évidemment ! La seule tristesse qu’il est légitime d’afficher, c’est celle de ne plus pouvoir voir le mort. Mais le sort de ce dernier n’est pas à plaindre et ne dois pas être pleuré. Comme dit le grand-père : « Les morts avec les morts, les vivants avec les vivants, les enfants avec leurs parents ! ». Et on rejoindra les premiers quand on sera prêt. Bref, ce n’est qu’un au revoir, qui pourrait être joyeux sans le pessimisme naturel de mes compères. Où qu’il soit, quelques soient vos convictions religieuses, il est heureux là où il est, sûrement plus que là où vous êtes, et il vous attend.

C’est comme notre surnaturel, ça en fait d’ailleurs partie. On en sait rien. Alors pourquoi se faire souffrir inutilement ? Ca tient aussi pour ceux qui sont persuadés, en bons cartésiens, que l’on cesse d’être, tout simplement. Mais, concevoir l’absence totale de conscience est chose impossible pour l’esprit humain, qui turbine sans cesse. Dès lors, on entre dans l’imagination et on peut sans effort faire de la non conscience une expérience agréable !


Avoir peur de la Mort, parce qu’elle signe l’arrêt de nos activités terrestres, et qu’on veut profiter un peu plus. Comme faire un dernier tour de manège. C’est une gaminerie, mais ça reste compréhensible. Je dis une nouvelle fois que c’est présomptueux ! La Vie propose bien des expériences. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans la Mort ? On les a toujours mise dos à dos.. et on pense que la mort est plus austère parce que la vie est perdante. Comme chaque vie finit par une mort, celle-ci s’est rattrapée en nous donnant plein de divertissements. Mais la Mort est plus faible qu’elle ne semble. Elle ne peut toucher que ce que la Vie choisit, et doit attendre que celle-ci en ait fini avec sa proie pour pouvoir en profiter ! A sa place, si vous n’aviez pas en tête l’idée d’être aigrie et de vouloir se venger (trop humain pour la Mort !), n’essayerez-vous pas d’être la plus attractive possible ? Oh, elle sait bien que ses pubs ne parviennent pas jusqu’aux oreilles inattentives des vivants, mais dès leur entrée dans son royaume, elle doit leur faire une fête pas possible. « Hey les gars, lâchez moi ces gueules de déterrés (vous y êtes profond là !). On vous a M-E-N-T-I !! Ici, c’est Brigadoon ! ».



Je suis pas tout fait à juste avec la Vie. Faut être honnête. Parce qu’elle fait ce qu’elle peut, elle, la pauvre. Mais voilà, l’avantage qu’à la Faucheuse sur l’Autre, c’est qu’elle a pas affaire à de vrais humains de l’humanité au sens propre ! Elle traite avec des humains morts ! Moooorts ! Hey, ça fait une sacrée différence. La Vie toute seule, tout court, c’est trop bien aussi ! Ca a un corps, c’est vrai, ça c’est bof. Ca limite, ça tombe en panne, ça sue, ça pue, etc.. Mais ça pulse aussi, c’est coloré, et puissant ! C’est sensationnel, tiens ! Sensationnel ! Nan, le vrai problème de la Vie, c’est qu’on doive la partager. « Vivre ensemble et mourir seul ». Pas forcément, tu peux mourir à plusieurs si tu veux, mieux ! Tu peux choisir ! Notable différence, quoique ce ne soit pas le propos. Rien ne dit que tu restes dans la Mort avec les gens avec qui t’es mort. Faut juste espérer que tu puisses choisir après coup. Dans le cas du rassemblement des énergies universelles, le problème se pose plus, puisqu’il n’est pas fou de penser que le beauf produit une énergie semblable à celle produite par les génies.

La question suivante qu’on peut soulever, c’est : « Y’a-t-il un intérêt à se distinguer lors de sa vie si notre but suprême est de mourir ? ». Et se distinguer comment ? Être un humain incroyable selon ses propres critères, c’est ce qui me paraît le plus logique. Mais ça compte si on est pas reconnu ? Chacun doit avoir son propre moi parfait, non ? Pourtant, c’est le but de peu de gens d’être simplement le meilleur soi possible. On veut une bonne position sociale et une bonne réussite professionnelle. De l’argent. Des amis comme nous. Une famille heureuse, ou semblant l’être pour les cyniques. Une jolie femme. Et nous, dans tout ça ? Ce sont toutes des fins honorables, mais c’est oublier qu’on nous a chacun doté d’un esprit unique qu’il est presque blasphématoire de cantonner au modèle en vogue. La célébration de la diversité, ça a toujours été de la connerie en boîte. Personne ne veut savoir ce que son voisin pense, parce que c’est sans doute profondément stupide, et parce qu’on a pas que ça à foutre que de l’écouter déblatérer sur ce qui lui plaît. Nan. Mais il a quand même raison de déblatérer le mec. Qu’on l’écoute ou pas. Qu’on soit d’accord ou pas. On en a trop en nous qui bouillonne et pétarade pour ne pas s’en servir. Le faire simplement sortir, c’est la première étape. Etape ingrate, Morney a raison, presque insultante pour le reste du globe. Mais ensuite, faut le modeler, le travailler ! Et s’élever sur son escabeau perso.

Bordel, rien à foutre ! Voila hahahahahaha





{Goku}
{Skull Jaw}
{Last Shot}
{Evil eye}
{Until I die}
[Tears To Shed] Tim Burton

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