L'anti-genèse
Esteban Ciboulette était né, le 7 Avril 1953, avec deux tares. La première de ses afflictions. Il se contentait de ce qui était, s’en satisfaisait. Tout le temps. Il n’avait pas une once d’ambition. Et si ce défaut fut repéré extraordinairement tôt dans sa vie. Sa maîtresse de moyenne maternelle le formula en hypothèse le soir d’une après-midi au cours duquel elle avait donné des cubes aux enfants. Tous s’étaient alors maladroitement escrimés à construire la tour la plus haute et la plus dangereuse possible. Tous sauf Esteban, qui n’avait pas touché aux trois cubes que la vieille avait placés devant lui. Il ne les avait pas non plus ignorés, non. Il les avait contemplé durant deux heures, avec une expression de satisfaction proche de la béatitude. Donc si celui-ci fut repéré vite fait, l’autre ! Hé bien, le second, personne d’autre que lui ne le vit jamais. Et lui-même ne le soupçonna qu’à l’approche de sa trente-huitième année. C’est les cheveux gris et les petits bidons qui lui mirent la puce à l’oreille. Oui. Car il en était parfaitement dépourvu. Une chance, pour sûr, il était resté svelte et brun. Oh, il n’était pas le seul, mais ça devenait tout de même rare autour de lui. Et puis, il n’était pas outrageusement sportif, ni fan de régimes. Tout de même. C’est pas fou. De fait, l’idée ne fit que le traverser. Malgré tout, il dut bien s’avouer plus tard qu’il avait vu juste, ce 7 Avril 1991.

Immortel. Ben ouais. Bloqué vers 26 ans. Esteban vivait dans une grande ville. Vendait des sandwichs pour vivre, en free-lance. N’avait pas d’amis, ni de compagne. Parfois une fille le tirait jusque dans son lit. C’est que derrière sa casquette « Oh le bon ‘dwich ! » et son tablier « Et pourquoi pas un deuxième ? », se cachait un jeune homme drôlement séduisant. Certaines clientes esseulées et observatrices.. bah, le remarquait. La famille d’Esteban avait disparue quelque part. Esteban ne souffrait pas de sa solitude. Il l’observait, satisfait. Il la constatait. Il lisait beaucoup, et emmagasinait les informations avec plaisir. Il acceptait tout ce qu’il lisait, hochait la tête. Sans s’y identifier pour autant, nah. Il ne tirait généralement pas de conclusions.

Son immortalité ne bouleversa pas sa vie. Vous vous en doutiez bien. Il en fut sati.. Ah ! Oui, sfait, en effet. Désolé. Bref, rien ne semblait devoir le changer. Simplement, il serait là, à vendre ses sandwichs. Il en devint même riche, car il dépensait peu. Sauf en nourriture, il bouffait comme dix-sept le bougre. Enfin riche. Hors de portée en tout cas. Les feuilles d’impôts tombaient encore lorsqu’il eut cent soixante deux ans. Ses factures aussi. Il était propriétaire. Indétectable, apparemment. Le monde ne le voyait pas. Moi, ça m’va, aurait-il sans doute dit, s’il s’était mis à commenter. Ce qui n’arriva jamais.
Un jour, j’ai cru qu’il allait sortir de son. De son gond ? Mais non, évidemment. Il était à la bibliothèque, comme lors à chaque fois qu’il avait une minute. Contempler ces milliers de mots posés, de faits inchangeables désormais, comme gravés dans la roche, contempler toute cette création. Ca l’emplissait de joie. Ce jour, il avait choisi un livre sur la religion chrétienne. Il lut que l’homme s’était vu punir pour avoir mangé un fruit d’un des deux arbres interdit de l’Eden. Des deux ? Il pensait qu’il n’y en avait qu’un. Mais il enregistra. Et continua. Adam et Eve avaient entamé l’arbre de la connaissance. Bien. Plus loin. L’autre arbre ? Celui de la vie.

Le livre expliquait ceci. Adam et Eve volèrent à Dieu la connaissance. Le forcèrent à partager, en fait. Et ils connurent le libre arbitre, et ils s’y plurent. Dieu n’apprécia pas et les jeta sur Terre. L’un devrait travailler, l’autre devrait souffrir. Ils pourriraient lentement, et devraient se connaître pour survivre. En tant qu’espèce seulement. Et s’ils avaient mangé de l’autre arbre ? De l’arbre de Vie ? Alors ils n’auraient pu devenir mortels. N’est-ce pas ? Esteban hocha la tête. Puis il réfléchit ! Et acquiesça derechef. Je suis l’égal de Dieu.
Esteban n’était pas loin de la vérité ce jour-là. Mais elle lui échappa tout de même. Pas la moindre importance. Il l’aurait accepté avec le même enthousiasme.
{La Vigile}
{Jean Reno tombe des arbres}
{Tarzan Watchin' Tha Home Of Jane ^^}
{What D'Ya Want, Little One ?}
[Champagne Supernovae] Oasis
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