Wednesday, November 15, 2006

Terre à Terre.

L’épée de Parsifal lui glissa des mains. Et si une quelconque âme avait encore traîné dans les parages. Elle aurait pu entendre, distinctement, dans le silence précédant l’assourdissant fracas du métal sur la pierre, le héros lâcher un terrible sanglot.

La sentence était tombée. L’humanité vivait ses dernières heures. Son ultime espoir venait de s’écrouler dans un gémissement pathétique.


Parsifal, Parsifal l’invincible, pleurnichait comme un môme. Incapable de se contrôler. Un moucheron, une larve. Voilà ce qu’il était pour l’être qui lui faisait face. L’être qui venait de lui faire prendre conscience, avec une cruelle limpidité, de cette vérité : le grand Parsifal ne pouvait absolument rien faire pour sauver l’humanité de l’extinction totale. Rien.


« Je ne comprends pas. ». Parsifal releva lentement la tête et tenta en vain d’essuyer ses larmes. Il voyait complètement flou. Mais cela n’avait aucune importance, la forme que revêtait cette chose n’était qu’une illusion. Une illusion, de surcroît, que Parsifal aurait pu reproduire les yeux fermés. De longs cheveux dorés encadrant un visage d’une telle pureté qu’il en était effrayant. Une silhouette toute menue. Corps fragile uniquement enveloppé d’une trop longue robe d’un blanc immaculé. Elle allait pieds nus. L’innocence incarnée.

Il.. elle était accroupie à quelques centimètres de Parsifal. Sans le toucher. Les bras autour des genoux, la tête un peu de côté, elle le regardait avec une infinie compassion. S’il n’avait pas lu son dossier, Parsifal lui aurait donné à peine 16 ans. Elle en avait 33. On lui avait implanté artificiellement toutes les données la concernant. Fille unique. Née Julie De Germtrenn, le 25 décembre 2103 à Paris. Une scolarité sans remous, ni catastrophique ni brillante. Elle avait abandonné ses études de littérature en deuxième année de maîtrise pour aller aider son père à gérer son magasin d’antiquités. Pas de casier judiciaire. Pas de conjoint déclaré. Bref, une jeune fille, quoiqu’un peu solitaire, tout ce qu’il y avait de plus normal. Jusqu’au jour de ses trente ans. Où Il se révéla à elle, en elle, à travers elle.

C’est ce même jour, le 25 décembre 2133, que débuta l’extermination de l’humanité. Ou plutôt, son « absorption ». Car c’est bien à cela qu’avait assisté des centaines de fois Parsifal. A une absorption. Tout ce qui entrait en contact avec l’être qu’était devenue Julie se dématérialisait rapidement, puis s’intégrait à elle. Hommes, femmes, constructions.. En trois ans, elle avait effacé de la surface de la Terre plus de 99% de ce qui constituait auparavant la civilisation humaine. Derrière elle ? L’Eden.

Elle était le Sauveur. Mais. Culpabilité ou simple désir de vivre ? Les gouvernements, à l’image des populations, ne le virent pas de cet œil-là. D’abord les français, peu aidés par leurs voisins incrédules, puis les espagnols, les marocains, les algériens.. les pays retournaient à leur poussière originelle les uns après les autres. Jusqu’à ce que la Chine, le Japon, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Corée Réunifiée, le Brésil et l’Alliance Israélo-palestinienne décident de se regrouper pour mettre fin aux agissements de l’entité. Ils ordonnèrent l’évacuation de l’Egypte. Et l’inondèrent, lorsque la chose la traversa, de quinze bombes H. Qui n’explosèrent jamais. Le rayon laser satellite n’eut pas plus d’effet. Les armées combinées de toutes ses nations furent englouties sans résultat.

En désespoir de cause, les gouvernements restants firent appel au Vatican. Qui refusait de croire que cette gamine put être une réincarnation de Jésus-Christ. Des exorcistes furent envoyés, les reliques et artefacts sacrés de l’Eglise furent successivement tous utilisés, ils rassemblèrent cent millions de fidèles sur la place Tian-An-Men dans l’espoir de repousser la créature grâce à une gigantesque prière.. Sans succès.

On finit par accepter l’idée que cette frêle jeune fille était une envoyée de Dieu. Quoi d’autre ? L’humanité n’accepta pas son sort pour autant. Elle préféra retourner sa veste, et partit à la recherche de grands satanistes. Peut-être seraient-ils capables de lutter ! En fait de satanisme, c’est le culte de la nature qu’on trouva. La magie celtique.

Les druides avaient déjà réfléchi à la menace que représentait l’être, et avaient forgé une épée à l’aide de leurs enchantements les plus puissants. Restait à trouver celui qui pourrait la manier. L’ante christ se révéla aux jeux de Neo-Roma. Dans l’enceinte du Colysée, Parsifal n’avait, en 665 combats, jamais connu la défaite. L’invulnérabilité et le nombre convainquirent les plus pessimistes. On lui confia l’épée, et le destin de l’humanité. Mais cela avait été..

« Je ne comprends vraiment pas, répéta doucement Julie. Voilà plus de deux mille ans que vous attendez cet instant, et vous fuyez devant lui. ». Elle secoua la tête comme une maîtresse devant un élève inattentif. « Père décide enfin de vous sauv.. ». Parsifal contemplait son désespoir. S’y noyait. Jamais il n’avait connu la défaite. Jamais il n’avait du en affronter les conséquences. Et voilà que la première fois qu’il mordait la poussière, il emmenait tous les êtres humains vivants avec lui ! Bien qu’anéanti, son esprit entraîné continuait à lui envoyer de nouvelles tactiques d’attaques.. et cela creusait encore davantage son désarroi. L’épée traversait la jeune fille sans même l’égratigner !

C’était inutile. Tout était inutile. Lui compris. Ce truc allait l’absorber lui, absorber son épée, absorber la place qu’il était en train d’inonder de pleurs. Absorber les derniers vestiges de civilisation. Et après ? Sans doute qu’elle s’absorberait elle-même. Il ne resterait rien ! Depuis quand l’homme marquait-il son territoire ? 6000-7000 ans ? Les dessins préhistoriques dataient même d’avant ça, non ? C’était peut-être dix mille ans d’histoire, de progrès, de réflexion qui allaient partir en fumée !

Laissant, comme si les hommes n’étaient pas encore apparus, un monde vierge de toute trace humaine. Le rendant aux bons soins de la Nature. Libre de l’emmener où elle le voud..

Parsifal réussit à esquisser un sourire et à articuler à travers ses larmes : « D’a.. D’accord.. Tu g.. tu gagnes la première manche. ».

La jeune fille arrêta son discours. Puis elle se pencha en avant pour déposer un baiser sur le front du guerrier. La dématérialisation commença immédiatement. Il ne resta bientôt plus de Parsifal qu’un petit nuage de particules dansant devant les yeux de Julie qui, avant de le dévorer, lui retourna un sourire joyeux : « Je la gagne à chaque fois ! ».

1 Comments:

Anonymous Anonymous said...

je rigole car mum et pat ont fait un album de leur dernier blog et j'imaginais ton blog mis sur album/livre à ton retour ... combien de pages ? 275 albums ? ou de la discussion avec gran'mum qui avait peur que ton visiteur cum admirateur de la semaine dernière ne soit horrible pédophile ... bref tu remues les esprits embrumés, monoobsédos, etc.

7:19 AM  

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