Tuesday, November 07, 2006

Thou Shall Not Pass.

Les pieds de Kazuya Tojigamori arrêtèrent enfin de trembler. Et le petit hameau de Trucville resta immobile. Tous. Les 26 habitants restants revivaient l’affreuse tragédie qui venait de les priver d’un dixième de leur population.

Trucville. Minuscule enclave civilisée. Perdue au fin fond du désert de Gobi. 21 chinois, 5 mongols, 2 japonais, 1 russe et un hollandais. Un bar, une laverie, un palefrenier. Le reste paysannait paresseusement. Bref, un trou croupi et glèbeux comme on en voit un peu partout dans les zones abandonnées de la glorieuse civilisation. Mais celui-ci n’était pas tout à fait comme les autres. Pas tout à fait.

Dans sa frénésie d'industrialisation et de modernisation du pays, le gouvernement chinois était en effet allé jusqu’à Trucville. Deux routes high-tech à deux voies traversaient le hameau de part en part. La première route devait initialement relier Pékin à Téhéran, mais les ministres avaient eu besoin des ouvriers avant que ceux-ci aient fini (ce qui de toute façon était impossible) si bien qu’elle ne reliait désormais plus rien du tout. Elle ne faisait que croiser l’autre axe qui allait de Shang Peï à Xiaoren. Depuis que la route avait été construite, en 95, une seule voiture avait essayé la traversée de 703km. Son propriétaire n’avait pas prévu qu’aucune station service n’existait entre les deux bourgs, et c’est ainsi que Sergueï Vlassov s’était retrouvé coincé à Trucville. Ivre mort. Pour parcourir les cinquante trois kilomètres qui séparaient de l’épave de sa Mazda de Trucville, il avait lentement mais sûrement remplacé son sang par de la vodka pure. En trois jours, il avait en bu 6 litres. Arrivé en rampant. Il passait encore le plus clair de son temps allongé sur la route. La Bud avait remplacé la vodka dans sa main gauche, mais pas d’autres modifications notoires.

Peu importe l’ivrogne de toute façon. Son comportement était toujours plus compréhensible que celui de l’administration chinoise qui, non contente de massacrer le paysage de Trucville à coup de routes inutilisées et inutilisables, avait poussé l’absurdité jusqu’à aller planter à l’intersection un interminable feu rouge. Que rien n’aurait su dévier de son devoir alternatif. La bourgade clignotait donc lentement mais inlassablement du vert à l’orange puis au rouge. Bon.

A Trucville, on suit globalement les lois chinoises. Mais il y a une chose par-dessus tout qu’on supporte pas, c’est de ne pas avoir l’esprit de communauté. Voyez ? Dans un village de trente personnes, si on s’entraide pas, on crève tous. Surtout quand ledit village est à 350km du premier supermarché. Du coup, quelques lois inédites étaient apparues.

Ce lundi 6 novembre, Trucville ressentit dès les premiers rayons de soleil que quelque chose clochait. Quoi ? Un bruit, une odeur, un poids. Qui manquaient ! Vlassov ne comatait sur aucun de ses trottoirs.. Oh ! Il en était sûr. La vérification n’était pas longue, il n’en avait que trois. Mais où qu’il était alors ? L’avait même pas de maison, le poivrot. En onze ans, c’était la première fois qu’il ne se réveillerait pas complètement fait. Et Trucville aime pas le changement.

Vlassov, il était chez Dong Ma. L’éleveur de choux. Il prenait des choux, tu vois, pis il les élevait. Un éleveur de choux quoi. Il était sobre, effectivement. Ma Dong l’avait accidentellement assommé la veille tandis qu’il s’entraînait comme à son habitude le dimanche après-midi au lancer de choux dans son arrière-cour. Et après une bonne nuit et trois quatre sceaux d’eau sur la tronche, Vlassov avait suffisamment dessoulé pour conspirer. Car ils conspiraient, les deux ploucs. Et sévère avec ça !

Les deux là, ils voulaient s’casser d’ici ! Et pour ça, ils avaient besoin des chevaux de Aoshi Kashiwagi. De tous ces chevaux. Les 8. Il leur faudrait bien ça pour atteindre à deux Xiaoren, avec toutes les richesses qu’ils pourraient trouver. En réalité, le trésor qu’ils convoitaient était la réserve de Bud d’Hans Goos l’aubergiste..

Et ils y allèrent, chez le Kashiwagi ! Et, évidemment, ça tourna au vinaigre. Après une courte discussion, Kashiwagi empala Vlassov avec sa fourche et tenta de faire partager le même sort à Ma, mais impossible de retirer la fourche du russe ! Qui la retenait farouchement, et alla même jusqu’à donner quelques coups de manches au japonais tandis que Ma le tabassait à mort. Cependant, le russe finit par crever aussi, et Ma se retrouva seul au milieu du carnage. Un instant hébété, il se reprit assez vite, prit les chevaux et déguerpit !

Mais le drame ne s’arrêta pas là. En effet, un homme avait vu toute la scène ! Cet homme, c’est Kazuya Tojigamori, l’éleveur de patates ! Il élève des patates ! Qu’est-ce que vous avez à la fin ?

Le brave homme était de l’autre côté de la route, et après un bref moment d’hésitation était parti en courant chez Lao Xiang, qui faisait office de chef de village et de shérif. Il lui raconta ce qu’il avait vu puis l’accompagna jusqu’au lieu du crime pour l’aider à visualiser et comprendre ce qui s’était passé. Kazuya était un homme d’honneur, et tous le savaient. La vérité fut donc connue et acceptée de tous.

Et puis, on pendit Kazuya.

Au nom de la sacro-sainte entraide, il fut jugé coupable à l’unanimité de non-assistance à personne en danger et pendu haut et court à l’arbre au pendu.

Pas une seule fois Kazuya ne protesta. Pourtant, il avait plaidé innocent ! Il ne dit qu’une phrase pour sa défense avant de remettre son sort entre les mains des villageois. Ce fut sa dernière : « Le feu était rouge. ».



Epilogue : Un village constitué majoritairement de japonais l’aurait acquitté.

5 Comments:

Anonymous Anonymous said...

Marrant...
Nyonyote

5:26 AM  
Anonymous Anonymous said...

pas aimé. du tout du tout. (ça a le mérite d'être clair...^^) pas trouvé grand intérêt à c't'histoire en fait !
Bisous !

7:43 PM  
Blogger The Gasp said...

Marrant ? Tragique oui !

btw, cette histoire, comme vous l'appelez, n'en est pas une. Cest une demonstration. Comme toujours, c'est l'analyse d'un point japonais..

9:03 PM  
Anonymous Anonymous said...

un hollandais et un russe... manque plus qu'un américain nommé Brian Smith et cela me rappellerait étrangement une dorle d'histoire de garnison royale britannique.. oh my gouda!!!!

j'ai fait une petite pause en allant sur paris pendant les vacances de la toussaint, je reviens et là, le blog a doublé de volume... c'est trop pour un seul homme^^

amuse toi bien, a tte.
PS: j'ai converti sébastien à ton blog, il est en train de le lire.

9:56 PM  
Blogger The Gasp said...

woot Audencia en force ^^

4:32 PM  

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