Wednesday, December 20, 2006

Interface

« Mais puisque je te dis que je me suis suicidé ! Tu comprends, n’est ce pas ? Il y a forcément une erreur ! »
Mais l’autre vieux sénile ne voulait rien entendre.
« Depuis que j’occupe ce poste, je ne me suis pas trompé une seule fois. Alors calme-toi, tu veux ? Tu verras, c’est beaucoup moins terrible que ça en a l’air. »
Je jetai un coup d’œil derrière lui. Critique. Un immense champ de fleurs dans lequel batifolaient pêle-mêle nymphes, unijambistes, papillons géants et sauterelles tripodes. L’air sentait le houblon fraîchement brassé et la lavande. Le sol était doux et soyeux comme le flanc d’une vierge sortant d’un séchage au séchoir.
« Plutôt CREVER que d’entrer dans ce truc ! Ou ressusciter, je sais pas.. Je..
- Crénom ! Ca suffit maintenant. T’as pas le choix de toute façon. Y’a que ça.
- Comment ça, « y’a que ça » ? Pas du tout ! Y’a l’Enfer aussi ! Qu’est-ce que t'en fais de l’Enfer ? »
Saint-Pierre prit un air ennuyé et ouvrit de nouveau son immense grimoire dans un claquement sonore. Je fus frappé par l’idée saugrenue que la couverture de ce livre avait peut-être été faite en peau de fesse. Le vieux s’était mis à marmonner dans sa barbe.
« Encore ce refrain débile sur l’Enfer. Mais qu’est-ce qu’il a bien pu faire comme connerie, le fiston, pour tous leur mettre ce truc en tête ? C’était pourtant pas compliqué de leur dire : « Après la mort, vous montez au ciel, et vous vous la coulez douce jusqu’à la fin des temps. » mais non, il a fallu qu’il brode et qu’il enjolive. Et maintenant, qui c’est qui doit se taper tous ces tordus qui pensent ne pas être dignes d’entrer ? Ou pire ! Qui préfèreraient aller brûler je ne sais où.. C’est Bibi ! Ah, si j’étais le père, je lui ferais réparer tout seul ses débilités au fiston ! Ca traînerait pas. Avec un père aussi conciliant, c’est pas étonnant qu’il ait mal tourné le gamin. Pas capable de lui mettre une rouste de temps en t.. Ah voilà, j’ai trouvé ! »
Il enfonça ses pieds profondément dans les nuages, prit appui et fit pivoter l’énorme bouquin jusqu’à ce que je puisse le lire. Le visage sur le point de passer violet, le barbu numéro deux haleta :
« Regarde toi-même, pauv’ cinglé. Ton nom est inscrit ici. »
J’avais envie de lui dire qu’il avait la bouille d’un centrifugeur professionnel, mais me contentai de baisser les yeux pour vérifier ses dires. Il devait y avoir au moins mille noms écrit en minuscule sur la page qu’il indiquait. Son doigt tremblait tellement que je dus parcourir une bonne vingtaine de lignes avant de tomber sur « Gédéon Poidvache ». Pas de doute, c’était bien moi.
« Dis donc, Tomato, c’est quoi les colonnes d’après ? »
Saint-Pierre tira sur sa barbe à plusieurs reprises. L’air ailleurs. De petits poils blancs venaient s’éparpiller sur le papier. Je les lui re-soufflai à la gueule.
« Tu réponds, bordel ? Ou faut que je te fasse bouffer tes doigts de pied d’abord ? »
Pas impressionné pour un sou, il daigna me répondre tout de même.
« Date d’inscription. Date d’arrivée. Couleur préférée.
- Couleur préférée ?
- Pour que je sache quelle toge je dois mettre. »
Et effectivement, il était drapé d’un joli jaune orange sulfureux.
« Bon.. Et.. Date d’inscription, tu dis ?
- Date d’inscription.
- Le 13 mai 1980 ? Mais c’est le jour de ma naissance !
- Effectivement. C’est la première chose que vous fassiez après être venu au monde.
- Mais.. et comment vous choisissez ceux que vous acceptez ?
- On ne choisit pas. On prend tout le monde.
- Et toutes les conneries qu’on fait pendant notre vie ? Et la punition pour notre égoïsme ? La contrepartie des souffrances qu’on a causées ?
- Ca vous regarde..
- Non ! Non !! Ca ne peut pas être vrai ! Je dois être puni, je veux être puni ! Je suis mauvais, enfin, je vais corrompre votre monde ! Tu ne peux pas me laisser entrer, ce serait votre fin !
- Ah ben ça ! Ca me ferait mal qu’un pauvre nul comme toi puisse changer quoique ce soit à cette terre-ci. De toute façon, comme je te l’ai déjà dit, il n’y a que ça. Alors arrête de faire des histoires, et rentre là-dedans.
- Non. Je refuse ! Je suis mauvais ! JE SUIS LE MAL !! Je.. Et je vais vous le prouver !! »
Un gros coup de latte dans le pied de la table et j’avais mon arme ! Le grimoire aux noms traversa le sol dans une explosion de fumée. Je me jetai sur Saint-Pierre et lui plantai de toutes mes forces le bout de bois dans le crâne.
Le craquement sinistre s’évanouit dans une volute dansante de flou. La distorsion s’élargit et s’élargit jusqu’à englober tout ce que je pouvais voir. J’étais secoué dans tous les sens. Je déteste les montagnes russes. Je vomis tripes et boyaux tandis que l’insaisissable s’obscurcissait jusqu’au noir total.

Le noir était un peu moins noir. Noir de chambre plutôt que noir d’encre. Noir voilé, pas mural.. Bref, j’y voyais.
Un sol pointu, brûlant. Parcouru de courants d’air glacials. De la suie partout. Une puanteur aussi épaisse qu’un couscous au miel. Ou qu’une mangeuse de couscous au miel.
Un peu plus loin, un lac immobile, répugnant. Un lac parfaitement muet. Pareil au jaguar mort. Terriblement dangereux, mais dépassé. Et sur cette étendue non clapoteuse, la barque, la capuche, la rame, le squelette.. le passeur !
Chouette !
Je me relevai en gémissant. Et m’approchai du cadavre, dont un bras se levait progressivement.
Un cliquetis dérisoire qui n’osa même pas aller se répercuter un chouia contre les agressives parois de la grotte. Un cliquetis dérisoire. Et je montai à bord tandis qu’il jetait mon droit de passage par-dessus. La pièce fut engloutie sans un son.
L’Enfer m’acceptait donc. Quel délice !
« Vous savez qu’ils ne croient pas en votre existence là-haut ? »
Je lâchai un petit rire moqueur. Aucune réaction derrière moi. Je continuai, sentant dans mon ton percer comme une note de fierté involontaire.
« Parce que, oui, j’en viens ! Et ils tenaient à moi avec ça.. Impossible de les convaincre de me laisser partir. »
Toujours rien.
« Tenez vous bien ! Pour finir ici, j’ai été obligé de décaniller le vieux Saint-Pierre ! Oh, ce n’est pas la peine de me remercier, vous savez, il me foutait un peu les boules de toute façon. Ca a été un plaisir.. »
Un grincement de dent. Puis le silence.
Pas la peine d’insister avec lui, mais je décidai de refaire mon petit discours à Cerbère et au boss. Peut-être seraient-ils plus réceptifs à l’écoute de mes bonnes œuvres.
L’autre rive arriva. Miroir de l’autre. Si ce n’est que le mur du fond avait été remplacé par un lourd rideau carmin. Ah ! L’envie de me précipiter, de le serrer dans mes bras, ce rideau.. De le couvrir de baiser, de l’arracher et de partir avec !
Je..
Et puis merde ! J’étais en Enfer, non ? Je sautai de la barque avant même qu’elle ne touche la rive et m’enfonçai avec délices dans le pesant tissu.
Il était doux et soyeux comme le flanc d’une vierge sortant d’une.. Attendez une min..

Une violente poussée dans le dos me propulsa à travers l’épaisse étoffe.
Un long vol plané au cours duquel je crus devenir aveugle. Un atterrissage léger et poufesque. De petites tiges follettes me frôlant le visage et m’emplissant le pif d’effluves enivrantes. Ma vision revenait peu à peu.

Je me retournai. Saint-Pierre s’éloignai, une main dans le dos, et l’autre tirant sans conviction sur le pieu qu’il avait planté dans la tête. Toujours à marmonner. « Qu’est-ce qu’il faut pas inventer maintenant.. »

8 Comments:

Blogger The Gasp said...

"You are the last living descendant.. of Jesus !"
whahahahaha la réplique qui tuuuue !
'ncroyable..

7:44 PM  
Anonymous Anonymous said...

On ira tous au paradis mêm' moi
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira
Tout' les bonn' sœurs et tous les voleurs
Tout' les brebis et tous les bandits
On ira tous au paradis
On ira tous au paradis, mêm' moi
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira
Avec les saints et les assassins
Les femmes du monde et puis les putains
On ira tous au paradis

Ne crois pas ce que les gens disent
C'est ton cœur qui est la seule église
Laisse un peu de vague à ton âme
N'aie pas peur de la couleur des flammes de l'enfer

On ira tous au paradis, mêm' moi
Qu'on croie en Dieu ou qu'on n'y croie pas, on ira...
Qu'on ait fait le bien ou bien Ie mal
On sera tous invités au bal
On ira tous au paradis
On ira tous au paradis, mêm' moi
Qu'on croie en Dieu ou qu'on n'y croie pas, on ira
Avec les chrétiens, avec les païens
Et même les chiens et même les requins
On ira tous au paradis

On ira tous au paradis, mêm' moi,
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira
Tout' les bonnes sœurs et tous les voleurs
Tout' les brebis et tous les bandits
On ira tous au paradis
On ira tous au paradis, mêm' moi
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira
Tout'
Et puis...
Et puis...
Et tous les...
On ira tous au paradis

On ira tous au paradis, mêm' moi
Qu'on soit béni ou qu'on soit maudit, on ira
Tout' les bonnes sœurs et tous les voleurs
Tout' les brebis et tous les bandits
On ira tous au paradis...
Surtout moi

9:16 PM  
Blogger The Gasp said...

WHAHAHAHAHA

ben ? qu'est-ce qui te prend ?

10:05 PM  
Anonymous Anonymous said...

Inculte, va !
Paroles et musique de Michel Polnareff.
:-))

10:31 PM  
Anonymous Anonymous said...

lol^^
Nyonyote

11:39 PM  
Anonymous Anonymous said...

vachement interessant ton histoire . Mais on ne sait pas vraiment e que tu a fait de ta journée tu ferais mieux de nous raconter cela plutot non? Mais bon , fait ce que tu veux

Tom Nyssen The Best

11:42 PM  
Anonymous Anonymous said...

"The Best" a encore quelques progrès à faire en ortograf'

11:54 PM  
Blogger The Gasp said...

Je sais bien que c'est "On ira tous au paradis", P'pa. Quand même..
Et je vois bien le rapport avec mon histoire.
Je m'interrogeais juste sur ce qui avait motivé (au-dela du rapport sus cité) ton post ^^

ai oublié de poster ma journée, dis donc..

Wounded.. TAYOOOOOOOOOOO !!!!!

9:05 AM  

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